A la recherche d’une justice qui apaise

 

A sa sortie d’audience, elle était effondrée, en larmes: c’était donc ainsi que ce procès se terminait pour elle? Son abuseur avait-il songé une seconde à ce qu’elle avait vécu? À la souffrance, à la honte, au dégout qui étaient les siens aujourd’hui? Et que se passerait-il si elle le rencontrait par hasard, après qu’il ait purgé sa peine? Serait-elle à nouveau en danger?

Silencieuse et désolée à côté de cette cliente dont j’avais pour tâche de défendre les intérêts, j’étais incapable de donner des réponses claires à ses questions, impuissante devant tant de souffrance, d’inquiétude et de déception. Et pourtant l’auteur avait été reconnu coupable de viol, malgré ses dénégations, les montants réclamés à titre de tort moral avaient été alloués et nous avions toutes les raisons de nous réjouir de ce succès judiciaire…Le tribunal d’arrondissement de V…, en Suisse, avait fait son travail, il en était de même du Procureur et des avocats. Mais quel gâchis !

J’avais entendu parler d’autres approches de l’infraction qui mettent les besoins de la victime au centre des préoccupations, qui tentent de responsabiliser l’auteur et qui associent les personnes concernées à la recherche de solutions réparatrices. Ayant l’occasion de séjourner à Ottawa en 2015/2016, j’étais bien décidée à me renseigner sur cette justice dite restaurative, que je savais appliquée dans plusieurs provinces du pays.

C’est ainsi qu’a débuté une longue série de contacts avec des services nationaux (Unité de la justice réparatrice du Service correctionnel, Gouvernement du Canada,) ou provinciaux (Programme de justice collaborative d’Ottawa, Restorative Justice Victoria), des praticiens/praticiennes, des chercheurs/chercheuses ou des académiciens/académiciennes rencontrés à la Restorative Justice Conference 2016 de la Dalhousie University à Halifax. Au-delà de l’approfondissement de mes connaissances sur le sujet, ces échanges m’ont permis de découvrir une manière positive et optimiste d’aborder les problèmes, une volonté de partage des connaissances qui semble couler de source, une ouverture aux préoccupations d’autrui, en un mot une attitude générale qui stimule et qui pousse à l’action.

C’est cet élan, cette capacité de construire et de développer, dans le respect des particularités de chacun que j’ai ramenés dans mes bagages, à mon retour en Suisse.

J’ai compris, grâce à l’expérience canadienne, que si l’on veut être un agent de changement, il faut un esprit neuf et positif, il faut un optimisme qui nous convainc chaque jour de la possibilité de faire évoluer les systèmes apparemment les plus rigides, à l’instar du système judiciaire.

Si la jeune femme évoquée au début de ce texte avait pu s’engager dans un processus restauratif, sans doute aurait-elle pu se libérer de ces sentiments négatifs et destructeurs que sont la souffrance, la honte et le dégout, sentiments qui sans doute l’occupent encore aujourd’hui.

Et je me prends à rêver que d’autres victimes aient un jour en Suisse la possibilité d’un dialogue direct ou indirect avec l’auteur du délit, afin de lui faire comprendre ce qu’elles ont enduré, afin qu’il se mette lui-même en mouvement vers une prise de responsabilité et qu’il ressente le besoin de réparer le mal qu’il a infligé, dans le respect des besoins de ceux qui ont été frappés par son acte.

Car ce n’est qu’à travers ce dialogue sur les conséquences du délit que l’on peut espérer une forme d’apaisement pour toutes les personnes impliquées.

 

Par: Catherine Jaccottet Tissot, avocate et médiatrice à Lausanne (Suisse) durant plus de 30 ans. Aujourd’hui, elle s’emploie à promouvoir la justice restaurative dans son pays.

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